Camille Cottier

Camille Cottier est une jeune artiste française née en 1990, diplômée des Beaux-Arts d'Angers en 2013. Elle vit et travaille à Paris.

Ses premiers travaux témoignent d'une recherche sur les limites physiques et possessives du corps (le sien, celui des autres). A partir de 2014, elle débute un travail instinctif et obsessionnel sur Les Bonshommes, vaste série de portraits en pied d'hommes nus, quasiment identiques, nous faisant face.

"La réalisation de la série des bonshommes part d’un travail instinctif qui s’est révélé obsessionnel. Ils ne sont pas là pour parler d’un évènement précis, ils représentent plutôt une accumulation d’émotions, d’angoisses, de peurs mais aussi de paix et d’espoirs. Ils peuvent témoigner d’une société contemporaine, mais ils semblent également porter le poids d’un passé chargé. Ils sont mon défouloir. Ils prolifèrent, se superposent, s’accumulent mais ne sont pas concernés les uns par les autres ; ils ne se regardent pas entre eux, c'est à nous qu'ils s’adressent. Ils nous interrogent. Qui sommes nous, que faisons-nous? Nous sommes, en quelque sorte, les spectateurs de notre public. Le positionnement frontal des personnages souligne cette confrontation entre le spectateur et le dessin.

La représentation des Bonshommes ne nous donne pas beaucoup d’informations sur leur âge, leur sexe, la raison de leur nudité ou encore de leur absence de poils et de cheveux. Ils ne semblent pas avoir la même identité que nous.

Leur visage pourrait aussi bien être celui d’une femme ou d’un homme. Pourtant, chacun possède un sexe masculin. Ils ne semblent pas avoir d’âge non plus. Ni enfants, ni vieillards, ils semblent venir aussi bien du passé que du futur. L’absence de toute certitude renforce ce questionnement identitaire. Lisses, similaires mais pourtant uniques.

Mes bonshommes se tiennent ensemble, en groupe. Ils représentent une masse, une communauté. Pourtant il y a une chose que je n’arrive pas a savoir: s’agit il d’une communauté d'êtres individualistes, figés et inquièts ? Ou au contraire d’une sorte de famille très unie, sereine et calme ? Je me demande si ces observations ne seraient pas plutôt une remise en question de notre fonctionnement et de notre mode de vie.

La sensation de masse est représentée par l’accumulation et la superposition des personnages. « Ils sont les uns sur les autres ». C’est à ce moment qu'ils deviennent motif. Le personnage se répète, indéfiniment. Il se répète jusqu'à saturation, jusqu'à définir le format. Rien n’est décidé auparavant. À force de se répéter, les Bonshommes ont le pouvoir du caméléon : ils se fondent et se dissolvent dans leur propre univers, semblent disparaîtres, se soustraient à notre regard, mais ils sont bien présents, fixateurs, interrogateurs."

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